Perpétuité requise contre un chef présumé de la DZ Mafia, 18 ans contre un autre ( AFP / LOIC VENANCE )
L'accusation a requis dimanche la prison à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans contre Gabriel Ory, et 18 années de prison contre Amine Oualane, deux chefs présumés de la DZ Mafia jugés à Aix-en-Provence pour un double assassinat commis avant la création de ce groupe criminel marseillais.
C'est un pan de la trajectoire de deux copains d'enfance des quartiers nord de Marseille, petits délinquants devenus grands criminels, que les deux avocates générales ont retracé.
Tout en rappelant: "Ce n'est pas le procès d'un clan marseillais qui a semé la mort à Marseille ces dernières années puisqu'il n'existait pas en 2019", en référence à la DZ Mafia, organisation criminelle du narcotrafic que les deux trentenaires sont suspectés d'avoir développé alors même qu'ils étaient déjà souvent en détention.
Au prix d'une féroce lutte des clans, qui a fait jusqu'à 49 morts à Marseille pour la seule année 2023 et vu la DZ Mafia (dont les lettres renvoient au domaine national pour l'Algérie, Dzayer en arabe algérien) s'imposer puis étendre son influence hors de sa base et se diversifier. Jusqu'à être affichée en priorité sécuritaire du gouvernement. Malgré ce statut, l'accusation insiste: il "n'y a pas de justice d'exception" ni de procès "hors-normes".
Pourtant, avec plus de 200 policiers mobilisés, dont certains lourdement armés, des dizaines d'incidents à la barre et dans le box, de suspensions d'audience, et jusqu'à ces réquisitions un dimanche matin, le procès du "double homicide du Formule 1" n'avait rien d'habituel.
- Calme revenu -
Après des hurlements, des invectives et des suspensions d'audience en série la veille encore, les réquisitions se sont déroulées dans le plus grand calme dimanche.
Un membre de l'équipe régionale d'intervention et de sécurité (ERIS) devant l'entrée de la cour d'assises du tribunal d'Aix-en-Provence, où se déroule le procès des membres présumés de la DZ Mafia, le 23 mars 2026 dans les Bouches-du-Rhône ( AFP / Thibaud MORITZ )
Comme contre Gabriel Ory, l'avocate générale a requis la réclusion à perpétuité pour les deux commanditaires présumés du crime, Karim Harrat et Walid Bara, et un mandat d'arrêt contre ce dernier, en fuite.
Elle a requis 30 ans de prison à l'encontre du tireur présumé, Zaineddine Ahamada et de son complice Adrien Faure, accusé de lui avoir ouvert la chambre des victimes et prêté son arme.
Contre Amine Oualane, qui dans ce dossier est accusé d'avoir, depuis sa cellule, joué les entremetteurs entre "Gaby" et Farid Tir, une des deux victimes, elle a requis 18 ans de prison avec une sûreté aux 2/3.
Face à l'unanime déni des six accusés, qui ont tous clamé leur innocence pendant tout le procès, l'accusation s'est attachée à démontrer, pendant plus de trois heures, leur implication. "Quand on arrive en commando à l'hôtel Formule 1 de Plan-de-Campagne [ndlr, près de Marseille] avec un rôle attribué à chacun, qu'on vide un chargeur sur des hommes endormis en visant des zones vitales", a énuméré l'avocate générale, "l'intention homicide ne fait pas de doute".
- "Lever le voile" -
La particularité de ce dossier, selon elle, "c'est d'avoir levé le voile sur l'invisible", à savoir les donneurs d'ordre, trop souvent absents des tribunaux dans ces affaires de narcotrafic où seules les "petites mains" sont arrêtées.
L'exploitation d'une messagerie cryptée a permis de "mettre en évidence la mécanique criminelle" qui a conduit à la mort, en août 2019, de Farid Tir et Mohamed Benjaghlouli, tous deux âgés de 29 ans.
Les échanges captés par les enquêteurs ont permis de remonter jusqu'à Karim Harrat, installé à Dubaï à l'époque des faits, et à Amine Oualane, qui "du fond de sa cellule", a "semé la graine, en introduisant Gabriel Ory dans la vie de Farid Tir".
Un "travail d'équipe" que l'avocate générale a relié à un autre, celui des avocats de la défense, "dont l'objectif n'est pas (d'aller) droit au but mais d'occuper le terrain en faisant tourner le ballon".
Elle a déploré un "antijeu", devenu "habituel dans ce genre de procès", et a dénoncé "les heurts, les hurlements comme jamais il ne nous avait été donné d'en entendre dans une cour".
Les avocats de la défense justement, plaideront dimanche après-midi.
Le verdict devrait être rendu lundi.

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